🏚️ 19,4 MILLIARDS pour sauver nos infrastructures d'eau — le ministre sous pression
Quand les tuyaux craquent et que les milliards manquent : le nouveau ministre des Affaires municipales face à la réalité brutale des infrastructures d'eau au Québec.
⭐ INTRODUCTION
Le 28 mai 2026, la Commission de l'aménagement du territoire tenait l'étude des crédits budgétaires du volet Affaires municipales. Au cœur des échanges : un chiffre qui donne le vertige. 19,4 milliards de dollars — c'est ce qu'il faudrait investir pour remettre à niveau les seules infrastructures d'eau à risque élevé ou très élevé de défaillance au Québec. Le nouveau ministre, nommé depuis à peine cinq semaines, a dû défendre un Plan québécois des infrastructures (PQI) qui alloue une part décroissante aux municipalités, passée de 7,3 % en 2018 à 4,3 % en 2026. Les élues de l'opposition — la députée de Vaudreuil pour les libéraux et la députée de Sherbrooke pour Québec solidaire — ont posé des questions précises, chiffrées et souvent sans détour. Entre promesses de concertation, états généraux prévus en juin et délais qui s'accumulent, le monde municipal retient son souffle. Ce sont les contribuables qui paient à la fois leurs impôts et leurs taxes municipales pour des infrastructures qui tombent en ruine.
🎥 VIDÉO
⏱️ HORODATAGE
00:00 🎬 Ouverture de la commission et présentation des règles du jeu
03:30 💧 La députée de Vaudreuil soulève la crise des infrastructures d'eau municipales
08:15 📊 Débat sur le PQI : de 7,3 % à 4,3 % — pourquoi la part municipale rétrécit
14:40 💰 Le chiffre choc : 19,4 milliards pour remettre à niveau les réseaux existants
20:10 🏛️ Le FCIL : 955 millions fédéraux enfin signés, programme à dévoiler avant le 24 juin
24:00 🗳️ Aparté sur le référendum : le ministre tranche — il fera campagne contre
26:30 🏚️ La députée de Sherbrooke entre en scène : 49,7 milliards de déficit global des actifs municipaux
32:00 📋 Programme PRIMO : taux de rejet de 37 %, critères opaques et guide non public
39:20 🏫 TVQ sur les terrains scolaires : promesse non tenue, discussions en cours avec l'Éducation
44:00 🏗️ Projet de loi 22 : 3 857 unités de logement débloquées, pérennisation des dispositions
48:10 🔄 Retour de la députée de Vaudreuil : recul sur les normes de construction — un bon recul
51:30 🧾 Fiscalité municipale : 70 % des revenus viennent de l'impôt foncier, le modèle à bout de souffle
57:00 📜 21 recommandations du rapport Jérôme Forget-Marceau : lesquelles dans le PL 22?
1:02:00 🚰 Tarification de l'eau : compteurs, autonomie municipale, campagne de sensibilisation annoncée
1:05:30 🗺️ Cartographie des zones inondables : report à mars 2028, 12 MRC en rébellion
1:10:00 🏘️ Cas particuliers : Princeville, île Perrault, Massonville — des dossiers sur le bureau du ministre
1:14:00 ⚖️ Vote des crédits et clôture de la séance
🏛️ CONTEXTE POLITIQUE
La Commission de l'aménagement du territoire étudie chaque année les crédits budgétaires du ministère des Affaires municipales. Cette année, le contexte est particulier : un nouveau ministre en poste depuis seulement cinq semaines doit défendre un budget hérité, dans un contexte où les unions municipales (UMQ et FQM) multiplient les sorties publiques pour dénoncer l'état catastrophique des infrastructures souterraines.
Le gouvernement de la CAQ, sous la première ministre un représentant du gouvernement, fait face à une pression croissante des élus municipaux. Pendant que le PQI global a augmenté de 88 % depuis 2018, la part allouée aux municipalités a chuté en proportion, absorbée par la santé, l'éducation et le transport. Les transferts aux villes sont passés de 4,76 milliards à 7,4 milliards, mais les coûts de construction ont explosé, neutralisant les gains.
Deux rapports majeurs ont été déposés récemment — celui de Monique Jérôme-Forget et Nicolas Marceau, commandé par le gouvernement, et celui de Luc Godbout et Tommy Gagné-Dubé pour l'UMQ — et tous deux concluent que le modèle actuel est arrivé à ses limites. Des états généraux sur le monde municipal sont prévus pour le 16 juin 2026, avec la participation du secteur privé.
Enfin, la question de la cartographie des zones inondables, longtemps reportée, revient hanter les débats : 12 MRC refusent de signer des ententes de délégation, craignant des poursuites sans financement adéquat.
🔍 ANALYSE CITOYENNE (APDQ)
Le chiffre de 19,4 milliards de dollars pour les seules infrastructures d'eau à risque est vertigineux. Et ce n'est que la pointe de l'iceberg : le rapport Jérôme Forget-Marceau chiffre le déficit global de maintien des actifs municipaux à 49,7 milliards. Pendant ce temps, le PQI municipal reste à 7,3 milliards sur huit ans — un montant qui n'a pas bougé en termes absolus depuis 2018, alors que les coûts de construction ont, eux, explosé.
Le ministre s'est montré habile pour recadrer le débat en incluant les transferts totaux aux municipalités, mais la réalité demeure : 43 municipalités québécoises ont dû bloquer des projets résidentiels en 2025 faute de capacité en eau potable ou en traitement des eaux usées. Ce sont 36 000 unités de logement qui n'ont pas été construites. Dans une crise du logement, c'est un paradoxe brutal.
Le programme PRIMO, censé financer le maintien des actifs, affiche un taux de rejet de 37 % des demandes. Et selon la Commissaire au développement durable, il existe un guide interne d'évaluation que les municipalités n'ont pas. Le ministre a promis de le rendre public « avant l'été ». C'est un aveu d'opacité administrative qui dure depuis trop longtemps.
La question de la cartographie des zones inondables illustre parfaitement les limites du système : le gouvernement délègue aux MRC une responsabilité qu'elles ne peuvent pas assumer sans financement ni protection juridique. Mars 2028 comme échéance, c'est encore deux ans d'incertitude pour des milliers de propriétaires qui ne peuvent ni vendre, ni rénover, ni renouveler leur hypothèque.
Les états généraux du 16 juin sont présentés comme la solution à tout. Mais des états généraux ne colmatent pas un tuyau qui éclate. Et les recommandations qui en découleront devront se traduire en investissements réels — une marge de manœuvre que le ministre a lui-même reconnue être très limitée dans le cadre financier actuel.
📢 RÉACTIONS ET CONTROVERSES
La députée de Vaudreuil (PLQ) a mis le doigt là où ça fait mal : pendant huit ans, la part municipale du PQI a fondu en proportion, pendant que les responsabilités des villes explosaient. Le ministre a reconnu la baisse du pourcentage, mais a tenté de compenser avec les transferts globaux — une réponse qui n'a pas convaincu.
La députée de Sherbrooke (QS) a posé la question directe sur la marge de manœuvre financière du ministre pour les états généraux : la réponse a été claire — elle est essentiellement normative et procédurale, pas financière.
Le cas de la municipalité de Princeville, avec son avis d'ébullition préventif depuis 2023 et sa demande PRIMO bloquée jusqu'en 2029, a illustré concrètement l'inadéquation entre les besoins et les ressources disponibles.
Le guide interne du PRIMO non communiqué aux municipalités, dénoncé par la Commissaire au développement durable, a forcé le ministre à s'engager à le rendre public avant l'été — un engagement arraché en direct à la commission.
La promesse de remboursement de la TVQ sur les terrains scolaires, faite par la précédente ministre en décembre 2023, n'est toujours pas honorée. Le ministre a renvoyé la balle au ministère de l'Éducation, en promettant un règlement « d'ici l'été ».
Le recul sur les normes de construction du Code du bâtiment, présenté comme une bonne nouvelle par le ministre du Travail, a été salué par les deux partis d'opposition — rare moment de consensus.
⚖️ CONSÉQUENCES LÉGISLATIVES ET SOCIALES
Le projet de loi 22 (omnibus municipal) sera amendé pour inclure notamment l'abolition de l'article 245.1 de la LAU — réclamé par plus de 500 résolutions municipales — et la pérennisation du droit des villes d'accélérer certains projets résidentiels.
La tarification de l'eau potable ne sera pas imposée aux municipalités, mais le ministre a annoncé une campagne de sensibilisation à l'utilisation de l'eau et ouvert la porte à une réflexion plus large sur les compteurs d'eau.
La politique du 2 pour 1 en matière réglementaire — retirer deux règlements pour chaque nouveau — sera enchâssée dans la loi, une première. Mais son impact concret reste à démontrer dans un univers où 73 % des nouvelles contraintes viennent de ministères autres que celui des Affaires municipales.
Le FCIL (Fonds canadien pour les infrastructures liées au logement), soit 955 millions fédéraux, sera déployé via un programme à dévoiler avant le 24 juin 2026 — un retard de 24 mois depuis l'annonce initiale, le Québec étant la dernière province à signer.
La cartographie des zones inondables sera déployée graduellement jusqu'en mars 2028, laissant des milliers de propriétaires dans l'incertitude face aux institutions financières qui refusent déjà de renouveler des hypothèques dans certaines zones.
Les 12 MRC qui refusent de signer les ententes de délégation pour la cartographie n'ont toujours pas obtenu de réponse formelle sur leur protection juridique en cas de poursuite.
🚨 IMPACTS POSSIBLES
Des dizaines de milliers d'unités de logement resteront bloquées tant que les infrastructures d'eau ne seront pas mises à niveau — 36 000 unités déjà freinées en 2025 dans 43 municipalités.
Sans financement additionnel, le déficit de 19,4 milliards pour les infrastructures d'eau continuera de se creuser, avec des bris de réseau de plus en plus fréquents et coûteux.
Les citoyens des petites municipalités (moins de 2 000 habitants, dont 600 au Québec) sont les plus vulnérables : ils n'ont pas la capacité de cotiser à un fonds d'appariement, et les programmes actuels ne les rejoignent pas toujours.
Les propriétaires en zones inondables font face à une double peine : impossibilité de rénover ou de vendre, et refus de renouvellement hypothécaire par des institutions financières qui utilisent leurs propres cartes de risque.
Un avis d'ébullition préventif en 2026 dans une municipalité québécoise, comme à Princeville, n'est pas une anecdote — c'est le symptôme d'un système de financement des infrastructures d'eau qui ne suit plus.
Les états généraux du 16 juin pourraient produire des recommandations intéressantes, mais sans engagement financier du gouvernement, elles resteront lettre morte — comme plusieurs des 21 recommandations du rapport Jérôme Forget-Marceau qui attendent toujours d'être mises en œuvre.
La prolifération de plus de 200 programmes d'aide aux infrastructures municipales, répartis dans une dizaine de ministères, continue de coûter aux villes 228 millions de dollars par année en frais administratifs, selon les estimations du milieu.
❓ QUESTIONS ESSENTIELLES
Si le déficit de maintien des actifs municipaux atteint 49,7 milliards et que le PQI municipal est de 7,3 milliards sur huit ans, d'où viendra l'argent pour combler l'écart?
Pourquoi les critères de priorisation du programme PRIMO n'ont-ils jamais été rendus publics, laissant les municipalités déposer des demandes sans connaître les règles du jeu?
Les états généraux du 16 juin peuvent-ils produire des changements concrets rapidement, ou s'agit-il d'un exercice de consultation de plus qui repoussera les décisions difficiles?
Comment peut-on demander aux MRC d'assumer la responsabilité de la cartographie des zones inondables sans leur garantir une protection juridique et des ressources financières adéquates?
Jusqu'à quand des avis d'ébullition préventifs et des moratoires de construction seront-ils acceptables dans des municipalités québécoises faute d'investissements en infrastructure d'eau?
Est-ce que la promesse de rembourser la TVQ sur les terrains scolaires — faite en décembre 2023 — sera finalement honorée avant la fin du mandat actuel, ou disparaîtra-t-elle dans les négociations interministérielles?
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