🔋 Filière batterie : 375 M$ de pertes confirmées par la VGQ
Audit implacable de la Vérificatrice générale du Québec : 375 M$ de pertes confirmées dans la filière batterie, une planification défaillante et un gouvernement qui se défend mal.
⭐ INTRODUCTION
Christine Roy, nouvellement nommée Vérificatrice générale du Québec (VGQ), a présenté le 10 juin 2026 son tout premier rapport annuel devant les médias. Ce rapport, qui couvre trois audits de performance majeurs, frappe fort : la filière batterie du Québec, sur laquelle le gouvernement a misé plus de 2 milliards de dollars, accuse des pertes confirmées de 375,2 millions de dollars, radiées des livres, sans compter des provisions supplémentaires pouvant faire grimper le total à 700 millions. Les critiques de la VGQ sont claires : approche peu planifiée, analyses insuffisantes, risques mal identifiés, et suivi défaillant. En parallèle, le rapport pointe des lacunes sérieuses dans la récupération fiscale dans la construction et dans les services publics d'emploi. Une conférence de presse dense, technique, mais dont les conclusions interpellent directement les contribuables québécois.
🎥 VIDÉO
⏱️ HORODATAGE
00:00 🎬 Introduction et présentation de Christine Roy, VGQ
02:15 🔋 Audit sur la filière batterie — constats principaux
06:30 ⚠️ Risques non identifiés et analyses insuffisantes
10:45 💸 Les 375 M$ de pertes confirmées et le 700 M$ en provisions
15:00 🏛️ Rôle des décrets et du Conseil des ministres dans les autorisations
19:20 🧾 Récupération fiscale dans la construction — lacunes de Revenu Québec
23:10 💼 Services publics d'emploi — résultats en baisse depuis 2022
26:40 🌐 Période de questions en anglais — contexte international de l'industrie
31:00 🔍 Northvolt, Lion Electric et la défense de la méthodologie de la VGQ
33:30 🎤 Clôture de la conférence de presse
🏛️ CONTEXTE POLITIQUE
La filière batterie québécoise a été lancée en octobre 2020 comme projet économique phare du gouvernement. Des milliards ont été engagés dans l'espoir de positionner le Québec comme chef de file nord-américain dans la chaîne de valeur des batteries électriques. Or, plusieurs entreprises financées se retrouvent aujourd'hui en difficulté, sous protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers, ou avec des projets suspendus ou abandonnés.
Ce premier rapport de Christine Roy comme VGQ intervient dans un contexte politique tendu. La question des décrets gouvernementaux — utilisés pour autoriser 91 % des aides de la filière, soit environ 2 milliards sur 2,2 milliards — soulève des questions sur la transparence et la gouvernance. Le Conseil des ministres avait donc l'autorisation ultime sur ces investissements publics.
Le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie a contesté l'échantillon retenu par la VGQ dans sa réponse annexée au rapport, affirmant que les conclusions étaient limitées par une sélection « tronquée ». La VGQ a riposté publiquement, défendant la rigueur et la robustesse de sa méthodologie.
🔍 ANALYSE CITOYENNE (APDQ)
Le chiffre de 375,2 millions de dollars de pertes radiées est celui qu'il faut retenir : c'est de l'argent public définitivement perdu, sans expectative de recouvrement. Ce n'est pas une projection, ce n'est pas une estimation — c'est une perte comptabilisée, inscrite dans les livres de l'État.
Mais ce 375 millions n'est que la partie émergée de l'iceberg. La VGQ confirme qu'un total de 700 millions a été passé en dépenses, incluant des provisions pour pertes dont l'évolution dépendra du sort des entreprises encore en activité. Autrement dit : la facture finale n'est pas encore connue, et elle sera plus salée.
Ce qui choque dans ce rapport, c'est l'absence de planification structurée dès le départ. On a investi des milliards dans une filière industrielle complexe, sans objectifs clairs, sans cibles mesurables, sans ordonnancement logique des interventions. Les demandes d'aide ont été analysées « à la pièce », sans processus formel de vérification diligente. Dans une industrie à haut risque — des start-ups, des technologies émergentes, des marchés volatils — c'est une faute de gouvernance.
La défense du ministère, qui reproche à la VGQ une sélection tronquée, est particulièrement révélatrice. Plutôt que de reconnaître les lacunes et d'annoncer des correctifs immédiats, on attaque la méthodologie de l'auditeur. La VGQ a répondu avec fermeté : avec des lacunes dans chacun des 29 dossiers analysés, l'échantillon était plus que suffisant pour tirer des conclusions solides.
Enfin, la question des décrets mérite une attention citoyenne. Lorsque 91 % des aides sont autorisées directement par le Conseil des ministres — donc par les élus — la frontière entre décision politique et gestion administrative devient floue. La VGQ, fidèle à son mandat, n'a pas remis en question les décisions politiques elles-mêmes. Mais elle a clairement établi que la mécanique administrative qui les entourait était défaillante.
📢 RÉACTIONS ET CONTROVERSES
Le ministère de l'Économie a répondu à la VGQ en qualifiant sa sélection de « tronquée » et en affirmant que les conclusions étaient limitées — une défense que la VGQ a publiquement rejetée dans une réaction officielle jointe au rapport.
La VGQ a choisi, chose peu fréquente, de publier une réaction formelle aux commentaires des entités auditées, signalant un désaccord profond avec la façon dont Investissement Québec et le MEI ont reçu ses conclusions.
La question de la politisation de la filière batterie a été soulevée en conférence de presse : des journalistes ont demandé si des mécanismes administratifs avaient été court-circuités pour répondre à la volonté politique. La VGQ a précisé que cela ne faisait pas partie de son mandat d'audit.
La notion de prêts pardonnables a été questionnée : une pratique qui permet que des prêts ne soient jamais remboursés, considérée comme un choix appartenant aux élus, mais qui soulève des questions sur la rigueur du cadre entourant ces décisions.
Sur les services publics d'emploi, les résultats d'intégration en emploi sont à leur plus bas en six ans, et le ministère n'atteint pas ses propres cibles — sans plan d'action crédible pour renverser la tendance.
La chute de 31 % des avis de cotisation découlant des vérifications fiscales dans la construction entre 2020 et 2025 est alarmante, d'autant que Revenu Québec tarde en moyenne 608 jours avant d'attribuer un dossier de recouvrement à ses équipes spécialisées.
⚖️ CONSÉQUENCES LÉGISLATIVES ET SOCIALES
Les quatre recommandations de la VGQ sur la filière batterie devront faire l'objet d'un plan d'action transmis à la Commission de l'administration publique, avec un suivi sur trois ans.
La VGQ effectuera des suivis réguliers des correctifs apportés et rendra ses jugements publics — ce qui signifie que le dossier batterie restera sous surveillance officielle jusqu'en 2029 au moins.
Les entreprises encore sous protection de la loi sur les arrangements représentent un risque financier résiduel pour les contribuables québécois, dont l'ampleur n'est pas encore quantifiable avec certitude.
Le rapport sur les services d'emploi pourrait forcer le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale à revoir ses méthodes de calcul des résultats et à produire de véritables plans d'action — et non des documents de façade.
Dans le secteur de la construction, les lacunes de Revenu Québec dans le recouvrement fiscal signifient que des sommes importantes dues au fisc demeurent non récupérées, avec un impact direct sur les finances publiques.
Le recours systématique aux décrets pour autoriser de grandes aides financières pourrait faire l'objet d'un débat à l'Assemblée nationale sur les mécanismes de contrôle parlementaire des investissements publics.
🚨 IMPACTS POSSIBLES
Les pertes totales de la filière batterie pourraient dépasser significativement les 375 millions déjà radiés, selon l'évolution des entreprises encore actives.
L'absence d'objectifs mesurables dès le départ rend impossible toute évaluation honnête du succès ou de l'échec de la stratégie de la filière batterie.
La crédibilité d'Investissement Québec comme bras financier de l'État est écorchée par ce rapport, au moment même où d'autres projets d'envergure sont en cours de financement.
Le modèle de financement public à risque élevé — incluant les prêts pardonnables et les décrets — pourrait faire l'objet d'une réforme ou d'un encadrement législatif plus serré.
La baisse des résultats des services publics d'emploi signifie que des centaines de millions de dollars sont investis chaque année dans des programmes dont l'efficacité réelle est difficile à mesurer, voire en déclin.
Les contribuables québécois paient la facture d'une filière industrielle construite sans filet de sécurité rigoureux, dans un secteur où même les grandes entreprises internationales ont connu des faillites retentissantes.
Le rapport de la VGQ pourrait nourrir les débats électoraux à l'approche des élections générales d'octobre 2026, la gestion des fonds publics devenant un enjeu central.
❓ QUESTIONS ESSENTIELLES
Qui, au sein du gouvernement, savait quels risques pesaient sur les entreprises de la filière batterie, et pourquoi ces risques n'ont-ils pas été documentés dans les dossiers d'aide financière ?
Le montant total des pertes liées à la filière batterie atteindra-t-il ou dépassera-t-il le milliard de dollars d'ici la fin des procédures en cours ?
Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi d'autoriser 91 % des aides par décret, contournant ainsi les processus administratifs habituels, et qui portait la responsabilité de ces décisions ?
Les plans d'action promis par les entités auditées seront-ils réellement mis en œuvre, ou s'agira-t-il encore une fois de documents sans suites concrètes ?
Dans le secteur de la construction, pourquoi Revenu Québec tarde-t-il en moyenne 608 jours avant d'attribuer un dossier de recouvrement, laissant des sommes dues au fisc sans récupération pendant presque deux ans ?
Les services publics d'emploi, avec près d'un milliard investi annuellement et des résultats à leur plus bas en six ans, sont-ils réellement efficaces pour les Québécois qui en ont besoin ?
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