🧊 Il tire. Il rengaine. Et l’État le défend. Voilà le vrai choc.
Ce que montrent les images, ce que dit le récit officiel, et pourquoi la réaction des autorités inquiète autant que le tir.
Aujourd’hui, je sors de mon créneau habituel Québec/Canada parce qu’il y a une scène qui glace le sang… et surtout, une réaction des institutions qui inquiète encore plus.
Il y a des vidéos qui choquent.
Et il y a des vidéos qui annoncent une époque.
Ce que j’ai vu aujourd’hui, ce n’est pas seulement une intervention qui tourne mal. Ce n’est pas seulement une erreur, une seconde de panique, un dérapage isolé. Ça, malheureusement, l’histoire humaine en a déjà vu.
Le pire… c’est ce qui vient après.
Le pire, c’est la vitesse à laquelle une mort peut être absorbée, justifiée, digérée. La vitesse à laquelle le système se met en mode “protection” — pas de la vérité, pas de la confiance publique… protection du récit.
Dans la séquence qui circule, on distingue quelque chose que n’importe quel citoyen comprend instinctivement: ce n’est pas un film, ce n’est pas un jeu, ce n’est pas une théorie. Ce sont des secondes réelles, dans une rue réelle, avec des maisons, des voisins, des passants possibles.
On voit le véhicule bouger. On voit un premier mouvement qui ressemble à un recul. Puis ça avance. Puis ça tire.
Et après? On voit l’agent qui remet son arme à l’étui.
Ce n’est pas une preuve de ce qu’il ressent. Ce n’est pas une preuve de ce qu’il pense. Je ne suis pas dans sa tête. Mais c’est une image qui frappe parce qu’elle renvoie une impression terrible: celle que tout ça est “normal”. Comme si une vie venait d’être prise et que la machine continuait de tourner sans trembler.
Et c’est exactement ça, le cœur du malaise.
Parce que dans une société saine, la réaction normale après une mort violente, c’est la prudence. C’est la retenue. C’est la phrase la plus simple au monde:
On va enquêter. On va établir les faits. On va être transparents.
Mais quand la réaction devient instantanément politique — quand on ferme la discussion avant même d’avoir ouvert le dossier — on n’est plus dans la justice. On est dans la tribu. On est dans la propagande. On est dans la défense réflexe.
Et là, le citoyen comprend quelque chose d’effrayant: si l’État peut normaliser ça, il peut normaliser d’autres choses.
Aujourd’hui, ce qui m’inquiète, ce n’est pas seulement l’ICE. Ce n’est pas seulement la question “avaient-ils le droit?”. Les juristes débattront des angles, des distances, des images supplémentaires, des procédures.
Moi, je parle de l’évidence citoyenne.
Quand une personne tente de fuir, l’État a des outils. Il a des radios, des véhicules, des enquêtes, des mandats, des plaques. Il a tout un appareil pour arrêter, retrouver, poursuivre. Tirer, c’est l’ultime geste. C’est la frontière. C’est ce qui devrait rester exceptionnel, rarissime, absolument nécessaire.
Sinon, à quoi sert l’idée même de “proportionnalité”?
Et quand on justifie tout, tout de suite, sans temps, sans prudence, sans retenue… on envoie un message très clair:
La vie d’une personne vaut moins que notre récit.
C’est ici que ça nous concerne, au Québec et au Canada.
Parce que la culture politique américaine déborde. La polarisation déborde. Le réflexe “protéger notre camp” déborde. Et chaque fois qu’on laisse l’émotion tribale remplacer les faits, on fait un pas dans une direction dangereuse.
On le voit déjà chez nous, à petite échelle.
Quand des débats deviennent impossibles parce que tout est réduit à “t’es avec nous ou contre nous”. Quand la critique d’une institution devient automatiquement une attaque contre “l’ordre”. Quand demander des comptes devient suspect. Quand la transparence devient une nuisance au lieu d’être un devoir.
Le Québec n’est pas les États-Unis. Le Canada n’est pas les États-Unis. Mais les idées, elles, voyagent. Les réflexes, eux, se copient. Et si on n’est pas capables de dire clairement “non” quand une ligne est franchie ailleurs, on se prépare à accepter des lignes franchies ici.
Le vrai test d’une démocratie, ce n’est pas quand tout va bien.
C’est quand le pouvoir se trompe, quand il va trop loin, quand il fait mal.
Et dans ces moments-là, le citoyen n’a pas mille armes.
Il en a une principale: refuser la normalisation.
Refuser que tout devienne banal. Refuser que la mort devienne un argument. Refuser que la vérité soit un accessoire.
Alors je te pose la question, simplement, sans haine, sans drapeau de camp:
Est-ce qu’on veut vivre dans un monde où l’image peut crier “attends”… et où l’institution répond “non, c’est déjà réglé”?
Parce qu’à partir du moment où on accepte ça, on accepte quelque chose de plus grand que cette seule vidéo.
On accepte un futur.
