Du 8 au 11 septembre, sur la Colline du Parlement à Ottawa, 54 Canadiens se sont assis devant un micro et ont raconté ce que le vaccin contre la Covid-19 leur a fait.
Quatre jours. Cinquante-quatre personnes. Des gens qui ont perdu leur santé, leur emploi, leur autonomie. Des familles qui ont perdu quelqu’un.
Je les ai tous montés, un par un. Je les ai sous-titrés. Je les ai publiés en français, avec l’interprétation officielle, pour que ceux qui ne parlent pas anglais puissent les entendre.
Aujourd’hui, je publie autre chose : les mêmes témoignages, dans la voix des gens qui les ont donnés.
Pourquoi la voix originale change tout
Une interprétation, c’est un travail admirable et c’est un travail neutre. L’interprète dit ce qui a été dit. Elle le dit bien. Mais elle le dit avec sa voix à elle : calme, égale, professionnelle.
Ce qu’elle ne peut pas transmettre, c’est la gorge qui se serre. Le silence de quatre secondes au milieu d’une phrase. La personne qui reprend deux fois avant d’arriver à dire le nom de son mari. Le moment où quelqu’un s’excuse de pleurer devant un comité parlementaire.
Ça, c’est dans la bande originale. Et cinquante des cinquante-quatre témoignages ont été livrés en anglais.
Si vous comprenez l’anglais, allez les écouter comme ça. Ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas du tout la même chose.
Ce que je n’arrive pas à comprendre
Nous sommes en campagne électorale.
Pendant des années, on nous a parlé de la Covid et du vaccin tous les jours. Chaque bulletin de nouvelles. Chaque point de presse. Chaque tribune, chaque chronique, chaque publicité gouvernementale. C’était le sujet unique, le sujet incontournable, celui dont on ne pouvait pas s’éloigner.
Aujourd’hui, il existe une enquête sur ceux qui disent en avoir été blessés. Quatre jours d’audiences publiques, à Ottawa, présidées par un député fédéral. Cinquante-quatre personnes qui viennent témoigner.
Et je n’ai rien vu passer.
Pas un parti pour en dire un mot. Pas un média pour y envoyer quelqu’un.
On a eu des années pour nous répéter qu’il fallait y aller. On n’a pas quatre jours pour écouter ceux qui y sont allés et qui en sont ressortis abîmés.
Je ne demande à personne de tirer une conclusion. Les témoins racontent ce qu’ils ont vécu et ce qu’ils attribuent au vaccin. C’est leur parole, pas un verdict. Mais leur parole existe, elle a été donnée publiquement, devant un comité — et elle mérite au minimum d’être entendue avant d’être jugée.
Le mot qui revient
Quand on écoute les cinquante-quatre à la suite — et je les ai tous écoutés, plusieurs fois, en les montant — il y a un mot qui revient.
Abandonnés.
La plupart ne le disent pas avec colère. Ils le disent comme on énonce un fait. Le médecin qui ne sait pas quoi faire et qui ne rappelle pas. Le programme d’indemnisation qui refuse. Le dossier qui se perd. Les traitements payés de leur poche. Les années à répéter la même histoire à des gens qui n’écoutent pas.
Et puis il y a autre chose, qu’on ne voit qu’en les écoutant à la file. Cette enquête est devenue plus qu’une enquête. C’est devenu une salle où des gens qui se croyaient seuls se sont retrouvés. Une sorte de thérapie collective. On voit des témoins remercier d’avoir enfin été crus. On en voit s’excuser de prendre du temps, comme s’ils dérangeaient.
C’est humain. C’est ce qu’il y a de plus humain là-dedans. Et c’est exactement ce qui disparaît quand personne n’en parle.
Ce que je fais, et ce que je vous demande
Je ne suis pas journaliste. Je suis un citoyen avec des outils, du temps, et l’entêtement qu’il faut pour monter cinquante-quatre témoignages au lieu de zéro.
J’ai fait ma part. Les cinquante-quatre sont en ligne, en français et en voix originale, sous-titrés, classés dans l’ordre des audiences, accessibles gratuitement, pour toujours.
Cette semaine, je les republie un par un en voix originale, en format carré, pour qu’ils soient faciles à partager.
Maintenant je vous demande la vôtre. Partagez.
Pas de l’argent, pas du temps, pas un engagement. Un partage. C’est la seule chose qui peut sortir ces témoignages de ma page et les mettre devant quelqu’un d’autre.
Ces gens-là ont pris le micro devant un comité parlementaire, en sachant qu’on rirait peut-être d’eux. Le moins qu’on puisse faire, c’est de ne pas les laisser parler dans le vide.
Écouter les 54
Voix originale — Allison Inquiry — Original Voices
Interprétation française — Enquête Allison — Témoignages
Sur YouTube, chaque vidéo porte une vingtaine de pistes audio. Pas des sous-titres : le son. Engrenage du lecteur → piste audio → votre langue.
Merci d’être là.
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Bon travail sur l'enquête Allison. Gros merci pour l'introduction en français! Cela permet de partager la traduction des témoignages en anglais avec les francophones qui ne parlent pas anglais.