🕌 Islamophobie à Trois-Rivières : le ministre refuse de dire le mot
L'islamophobie au Québec : le ministre refuse de nommer ce qu'il voit — une commission qui révèle les limites du discours politique officiel
⭐ INTRODUCTION
Le 28 mai 2026, la Commission des institutions de l'Assemblée nationale s'est réunie pour étudier le volet lutte contre le racisme des crédits budgétaires du portefeuille des relations internationales et de la francophonie. Une séance de 45 minutes qui a rapidement tourné à un affrontement sur les mots, les termes et la volonté politique réelle. Au cœur du débat : un déferlement de propos haineux sur les réseaux sociaux à la suite d'une célébration musulmane dans un lieu privé à Trois-Rivières. Des commentaires appelant à la violence, à l'incendie, à l'élimination. Face à ces réalités, le ministre responsable de la lutte contre le racisme a refusé, à plusieurs reprises, d'utiliser le mot « islamophobie ». Il a aussi évité de reconnaître le racisme systémique. Un refus sémantique qui en dit long sur l'inconfort politique entourant ces enjeux. La commission a aussi abordé les droits des travailleuses racisées dans les soins à domicile, les données alarmantes sur les jeunes Noirs québécois, et les actions — souvent incomplètes — du groupe d'action contre le racisme mis en place en 2020.
🎥 VIDÉO
⏱️ HORODATAGE
00:00 🎬 Ouverture de la commission — étude des crédits lutte contre le racisme
02:30 🕌 Propos haineux à Trois-Rivières — interpellation de l'opposition officielle
07:00 💬 Le ministre condamne… sans nommer l'islamophobie
10:30 🏥 Cas des infirmières racisées au CLSC de Montréal-Nord — jugement du TAT
18:00 📋 Bilan du groupe d'action contre le racisme — mesures abandonnées ou incomplètes
24:00 🟢 QS presse le ministre : peut-il dire le mot « islamophobie » ?
28:30 🛑 Propos haineux déposés à la commission — lecture publique des commentaires
32:00 🧑⚖️ Racisme systémique envers les Autochtones — le ministre botte en touche
36:00 🕊️ Bloc gouvernemental — vivre ensemble, identité québécoise et intégration nationale
41:00 🗳️ Témoignage personnel du ministre — être afrodescendant et porter ce titre
44:30 ✅ Mise aux voix et suspension des travaux
🏛️ CONTEXTE POLITIQUE
Le ministre responsable de la lutte contre le racisme comparaissait devant la Commission des institutions dans le cadre de l'étude des crédits 2026-2027. Ce volet couvre les actions du Bureau de lutte contre le racisme, coordonnateur des initiatives gouvernementales depuis la création du Groupe d'action contre le racisme en 2020, lui-même né à la suite de la mort de George Floyd.
En toile de fond : une fête islamique tenue dans un lieu privé à Trois-Rivières qui a déclenché une vague de commentaires haineux sur les réseaux sociaux, dont plusieurs appelaient explicitement à la violence contre les participants. La police avait confirmé que l'événement se déroulait légalement et sans problème.
Le Tribunal administratif du travail venait aussi de rendre une décision dans l'affaire d'infirmières du CLSC de Montréal-Nord victimes d'insultes racistes répétées de la part d'une patiente, une situation qui avait duré plus de quatre ans sans que l'employeur prenne les mesures adéquates.
Le contexte plus large inclut également les données de l'Observatoire des communautés noires révélant que 66 % des jeunes Noirs ont vécu des traitements injustes dans les services publics, et que 83 % ont subi de la discrimination liée à leur identité.
🔍 ANALYSE CITOYENNE (APDQ)
La séance a mis en lumière une tension fondamentale dans le discours politique québécois sur le racisme : le gouvernement se dit engagé, mais refuse de nommer les formes spécifiques de discrimination. Le ministre a répété à plusieurs reprises qu'il « condamne le racisme », mais a esquivé systématiquement les mots « islamophobie » et « racisme systémique ». Ce n'est pas un accident : c'est un choix stratégique assumé.
Le ministre a justifié cette posture en arguant que ces termes créent des débats sémantiques qui nuisent à l'action concrète. L'argument a une certaine logique, mais il comporte un angle mort majeur : nommer une réalité, c'est aussi la reconnaître officiellement. Refuser de dire « islamophobie », c'est refuser d'admettre que les personnes musulmanes font face à une forme particulière de discrimination structurée. C'est une distinction qui compte pour les communautés concernées.
Le dossier des infirmières du CLSC de Montréal-Nord est révélateur d'une autre limite du discours gouvernemental. Le ministre a qualifié l'issue du jugement de « belle » parce que le système a finalement « fonctionné ». Mais quatre ans de violence psychologique subies par des travailleuses, suivis de quatre autres années de procédures, c'est une réussite du système seulement si on fixe la barre très bas. La question posée par la députée de l'opposition — pourquoi ne pas émettre des lignes directrices claires pour tous les organismes publics — est restée sans réponse concrète.
Le bilan du Groupe d'action contre le racisme présentait une mesure abandonnée (la promotion de l'éducation interculturelle dans les écoles), tout en indiquant dans le rapport officiel que 100 % des actions avaient été réalisées. Le ministre a reconnu l'incohérence, mais a tenté de la minimiser. C'est le genre de comptabilité créative dans les bilans gouvernementaux qui érode la confiance du public.
Cela dit, le témoignage personnel du ministre, afrodescendant, portant sur sa propre expérience de la discrimination et la pression immense qu'il ressent dans ce rôle, était l'un des moments les plus authentiques de la séance. Il a parlé du petit Christopher de 7 ans, insulté racistement. Ces moments de vérité contrastent avec la prudence calculée de ses réponses politiques, et cette tension est elle-même révélatrice.
Le bloc gouvernemental a mis l'accent sur l'intégration nationale, la laïcité et les valeurs communes québécoises comme vecteurs du vivre-ensemble. Une vision cohérente avec la ligne de la CAQ, mais qui soulève une question : peut-on construire un sentiment d'appartenance commun sans d'abord reconnaître les discriminations spécifiques vécues par certaines communautés?
📢 RÉACTIONS ET CONTROVERSES
Le député de Laurier-Dorion (QS) a poussé le ministre à plusieurs reprises à dire le mot « islamophobie » — en vain. Le ministre a contourné la question à chaque fois, préférant le terme générique « discrimination ».
La lecture publique des commentaires haineux visant les participants à la fête islamique de Trois-Rivières — dont des appels à brûler les lieux — a créé un moment de forte tension dans la salle de commission.
Le document déposé par le député de Laurier-Dorion contenant les propos haineux a d'abord été refusé par la commission, puis finalement accepté en toute fin de séance après une demande de contextualisation.
Le ministre a renvoyé la question sur le racisme systémique envers les Autochtones à son collègue responsable des Affaires autochtones, esquivant ainsi une réponse directe sur un enjeu pourtant central.
La révélation qu'une mesure du bilan — la promotion de l'éducation interculturelle par le MEQ — avait été abandonnée tout en étant comptabilisée comme « réalisée » a suscité de l'inconfort visible dans les échanges.
⚖️ CONSÉQUENCES LÉGISLATIVES ET SOCIALES
Le Tribunal administratif du travail a ordonné à un CLSC de Montréal-Nord d'apporter des correctifs structurels à ses mécanismes internes de gestion des risques de violence à caractère raciste dans un délai de six mois.
La formation sur la lutte au racisme dans la fonction publique reste disponible sur la plateforme Brio, mais son caractère volontaire en limite la portée réelle.
La loi sur la prévention des risques psychosociaux (projet de loi 101) a, selon le ministre, entraîné un recul dans la prévention en santé et en éducation — une conséquence peu documentée publiquement jusqu'ici.
L'abandon de la mesure d'éducation interculturelle dans les écoles, faute de capacité légale d'obliger les enseignants, soulève des questions sur la cohérence entre les engagements du rapport du Groupe d'action contre le racisme et leur réalisation effective.
Le rapport de l'Observatoire des communautés noires, avec ses données sur les jeunes Noirs et les services publics, n'a toujours pas donné lieu à des mesures spécifiques annoncées publiquement par le ministre responsable.
🚨 IMPACTS POSSIBLES
Le refus répété de nommer l'islamophobie pourrait être perçu par les communautés musulmanes comme un signal que leurs expériences spécifiques ne sont pas reconnues au niveau gouvernemental.
L'absence de lignes directrices claires pour les organismes publics sur la gestion du racisme par des usagers envers des employés laisse les travailleurs racisés dans une zone de vulnérabilité persistante.
Si aucune suite concrète n'est donnée aux données de l'Observatoire des communautés noires, la méfiance des jeunes Noirs envers les institutions québécoises risque de s'accentuer.
La question de l'intolérance intercommunautaire — entre communautés ethnoculturelles elles-mêmes — soulevée par le député d'Artabaska demeure sans cadre d'analyse ou d'intervention officiel.
La gestion des réseaux sociaux comme amplificateurs de haine reste entièrement hors du champ d'action du Bureau de lutte contre le racisme, sans solution proposée.
Le financement ponctuel des groupes communautaires, dénoncé par les organisations de terrain, fragilise leur capacité à offrir des services continus aux populations racisées.
L'incohérence entre le bilan officiel du Groupe d'action et la réalité des mesures abandonnées pourrait alimenter un scepticisme croissant quant à la transparence des rapports gouvernementaux en matière de lutte contre le racisme.
❓ QUESTIONS ESSENTIELLES
Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de reconnaître officiellement l'islamophobie comme une forme spécifique de discrimination, alors que des cas documentés se multiplient au Québec?
Quelles mesures concrètes seront mises en place pour protéger les employés de l'État victimes de racisme de la part d'usagers, sans qu'ils aient à attendre huit ans pour obtenir justice?
Comment le bilan du Groupe d'action contre le racisme peut-il afficher 100 % de réalisation alors qu'une mesure clé sur l'éducation interculturelle a été abandonnée?
Le financement des groupes communautaires sera-t-il structuré de façon pérenne plutôt que ponctuelle, pour répondre aux besoins réels sur le terrain?
Quand le gouvernement donnera-t-il suite aux données alarmantes de l'Observatoire des communautés noires sur les jeunes Noirs et les services publics?
La laïcité et le vivre-ensemble peuvent-ils véritablement servir de ciment identitaire si les expériences discriminatoires spécifiques de certaines communautés ne sont pas nommées et combattues explicitement?
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