Il y a des gestes qui valent mille discours. Celui de Mark Carney cette semaine en est un.
Jeudi et vendredi, Montréal accueille le Sommet Canada–Union européenne. Sur la table : une alliance renforcée avec l’Europe, du commerce, de l’énergie, des ressources, des ententes qui pourraient lier le Québec pendant des années. Plusieurs de ces sujets relèvent des compétences du Québec. Le sommet se tient au Québec. Les intérêts négociés sont ceux du Québec.
Le premier ministre du Québec, lui, n’aura pas le droit de parler.
Ottawa a refusé la prise de parole demandée par Paul St-Pierre Plamondon. Il a aussi refusé que le gouvernement du Québec tienne sa propre réception en marge du sommet. Ce qu’on lui offre à la place : l’accueil à l’hôtel et une place au souper. Sourire, serrer des mains, se taire.
« Une chaise vide, encore »
Quand le premier ministre du Québec a dénoncé l’affront, Mark Carney n’a pas reculé. Il a contre-attaqué : c’est un sommet Canada–Europe, il est normal que ça se passe entre lui et les Européens. Et si Québec n’y va pas, « c’est sa décision de laisser une chaise vide, encore ».
Relisons bien. On refuse la parole au Québec, puis on l’accuse de ne pas vouloir s’asseoir. On lui ferme le micro, puis on lui reproche son silence. C’est le vieux réflexe fédéral : provoquer, puis blâmer le Québec de réagir.
Mélanie Joly, ministre responsable du développement économique des régions du Québec, en a rajouté : la rencontre est de nature fédérale, et « la géopolitique est de compétence fédérale ». Une ministre québécoise qui explique au Québec qu’il n’a pas d’affaire là. On a déjà vu ce film. Pierre Falardeau en a fait un : Le Temps des bouffons, que le premier ministre a d’ailleurs cité dans sa réponse. Les porteurs d’eau sont invités au banquet, à condition de rester debout près des cuisines.
Paul St-Pierre Plamondon a trouvé l’image juste : Ottawa voudrait faire passer pour de l’influence le privilège de « servir des crevettes cocktail ». C’est exactement ça. On ne défend pas les intérêts d’une nation entre deux canapés.
Ottawa savait faire autrement
Le plus choquant, c’est que ce n’est pas une fatalité. C’est un choix.
Quand le Canada a négocié l’Accord économique et commercial global avec l’Europe, le Québec était à la table. Il avait son propre négociateur en chef, Pierre Marc Johnson, ancien premier ministre du Québec. Les provinces participaient directement aux discussions qui touchaient leurs compétences. Personne n’en est mort. L’accord a été signé.
Le Québec avait aussi été un précurseur dans l’appui au libre-échange nord-américain. Il n’a jamais été un obstacle au commerce. Il demande simplement d’être là quand on négocie avec ce qui lui appartient.
Et ce droit ne sort pas d’un chapeau. Depuis 1965, la doctrine Gérin-Lajoie établit que ce qui relève du Québec chez lui relève aussi du Québec à l’international. Les Québécois ont été reconnus comme nation par la Chambre des communes en 2006. Le fait que le Québec forme une nation est inscrit dans la Constitution depuis 2022. Alors, à quoi ça sert, tout ça, si au premier sommet international tenu à Montréal, la nation québécoise est reléguée au rang de traiteur ?
Ottawa répond qu’il a tenu trois consultations avec Québec. Consulter, ce n’est pas participer. Une consultation, c’est le moment où l’on écoute poliment le Québec avant de décider sans lui.
Même la CAQ l’avait demandé
Qu’on ne vienne pas nous dire que c’est une crise de nerfs souverainiste. La demande de réception refusée par Ottawa a été présentée le 15 septembre par le gouvernement caquiste de Christine Fréchette. Le refus vise l’État québécois, pas un parti.
D’ailleurs, l’ancienne vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau donne raison à Paul St-Pierre Plamondon. Éric Duhaime traite Mark Carney de fédéraliste toxique. Quand le malaise va des libéraux aux conservateurs en passant par les péquistes, ce n’est plus une querelle partisane. C’est un constat.
La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, le gouvernement du Québec ne fait pas semblant. Les libéraux auraient encaissé en silence. La CAQ, avec son autonomisme de façade, aurait réglé ça en coulisses avec un communiqué mou et une photo souriante au souper. Pendant des années, l’« autonomisme » québécois a surtout servi à gagner des élections : de grandes revendications en campagne, des petits accommodements une fois au pouvoir. Ce n’était pas de l’autonomisme. C’était de l’opportunisme.
Le Québec n’est pas le hors-d’œuvre, c’est le plat principal
Pourquoi Ottawa tient-il tant à ce que le Québec se taise ? Parce que le Québec est précisément ce qui se négocie.
Quand on veut séduire un bloc de près de 450 millions de personnes, on met des choses sur la table. Agriculture, marchés publics, culture, hydroélectricité, ressources naturelles : une grande partie de ce qui intéresse l’Europe touche le Québec de plein fouet. Le Québec est riche. Le Québec est une monnaie d’échange formidable. Et une monnaie d’échange, ça ne parle pas.
Voilà le cœur du problème de rester dans le Canada. Quand vient le temps de négocier, le « bien commun » canadien peut toujours être payé avec les intérêts du Québec. Notre agriculture, notre culture, nos ressources, notre identité même : tout peut devenir une concession, pourvu que le reste du pays y trouve son compte. Et on nous offre des crevettes pour nous consoler.
Le Québec n’est pas l’Ontario
Que d’autres premiers ministres provinciaux acceptent de jouer les hôtes souriants quand un sommet se tient chez eux, c’est leur affaire. Ce sont des provinces, et elles se voient comme telles.
Le Québec, lui, n’a jamais accepté d’être une province comme les autres. Il est une nation, avec sa langue, son droit civil, ses institutions, sa présence internationale. Ce statut ne peut pas être une simple formule qu’on ressort pour nous faire plaisir et nous faire taire. S’il ne donne aucun droit concret, alors c’est une coquille vide. Et le message envoyé cette semaine, c’est exactement ça.
L’homme qui marchait sur l’eau
Mark Carney est arrivé comme un sauveur. Le banquier central posé, l’homme qui tient tête à Trump, le premier ministre qui semblait marcher sur l’eau. Beaucoup de Québécois y ont cru.
Mais l’eau est moins profonde depuis le 5 octobre. Avec un gouvernement souverainiste à Québec, chaque geste d’Ottawa est désormais éclairé. Ce que les gouvernements précédents laissaient passer, celui-ci le met en vitrine. Et le premier grand geste de Mark Carney envers ce gouvernement aura été de lui fermer le micro chez lui.
Certains, comme Éric Duhaime, auraient voulu que le premier ministre y aille quand même. On peut en débattre. Mais accepter le rôle de figurant en début de mandat, c’était accepter qu’il devienne la norme. Paul St-Pierre Plamondon a préféré tracer la ligne immédiatement.
Mark Carney, lui, vient de rendre un fier service à la cause souverainiste. Il n’aurait pas pu mieux démontrer que le Québec, dans le Canada, n’est pas maître chez lui. Il est reçu chez lui. Nuance.
« Si on n’est pas à la table, on est au menu. » C’est Mark Carney qui l’a dit. Cette semaine, au moins, on sait qui est servi.
Sources
Radio-Canada — Sommet Canada-UE : Paul St-Pierre Plamondon ne pourra pas prendre la parole
Le Devoir — PSPP a bel et bien été invité au Sommet Canada-UE, assure Carney
Les Affaires — Sommet Canada-UE : Québec accuse Ottawa de le museler
CBC — PQ accuses Ottawa of muzzling Quebec during upcoming Canada-EU summit
Noovo — Duhaime critique Carney
98.5 — Nathalie Normandeau donne raison à PSPP
Carney réplique : « C’est sa décision de laisser une chaise vide encore »
Publication Facebook de Paul St-Pierre Plamondon, 27 octobre 2026
❤️ Merci d’être ici
Cette réunion nous rappelle que les relations entre les Premières Nations, Ottawa et les provinces touchent directement à ce que le Canada veut être — et à ce que le Québec choisira d’être dans ce projet commun. Merci de suivre APDQ et de t’intéresser à ces enjeux avec un regard citoyen, libre et indépendant. On continue ensemble.
🔵 Découvre APDQ partout
YouTube : https://www.youtube.com/channel/UChb298sZlCxkN0BbyPdWYTg
Facebook : https://www.facebook.com/APDQavecDominick/
TikTok : https://www.tiktok.com/@dominickapdq
X : https://x.com/
Threads : https://www.threads.com/@actualite_politique_du_quebec
Bluesky : https://bsky.app/profile/apdq.bsky.social
Instagram : https://www.instagram.com/actualite_politique_du_quebec/
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/apdq/
Rumble : https://rumble.com/c/APDQ
Odysee : https://odysee.com/@Actualitepolitiqueduquebec:0
Site web : https://actualitepolitiqueduquebec.com
💛 Soutenir APDQ
Carte de crédit : https://buy.stripe.com/aEU01ifePaBTfLi6oo
PayPal : https://www.paypal.com/paypalme/DominickJasmin
Interac : virement@actualitepolitiqueduquebec.com (réponse : Dominick)

