🏥 Listes d'attente, chirurgies et CRDS : la ministre face aux dures réalités
La ministre de la Santé devant les dures réalités : listes d'attente, CRDS, chirurgies, premières lignes et iniquités d'accès — retour sur une longue journée de crédits à l'Assemblée nationale.
⭐ INTRODUCTION
Le 26 mai 2026, la Commission de la santé et des services sociaux tenait une séance intensive d'étude des crédits budgétaires 2026-2027 du ministère de la Santé. La ministre a dû répondre pendant plusieurs heures aux questions de députés de l'opposition sur des enjeux fondamentaux : les listes d'attente en chirurgie, la modernisation du CRDS 2.0, l'accessibilité à la première ligne, les iniquités dans l'accès aux médicaments oncologiques et une multitude de dossiers citoyens pressants. Ce que la séance a révélé, c'est un système de santé en transformation profonde, avec Santé Québec comme nouvelle structure d'opération, mais dont les résultats concrets tardent à se faire pleinement sentir pour les Québécois qui attendent. Entre les cibles non atteintes, les plans de rattrapage aux résultats mitigés et les belles intentions politiques, la distance avec la réalité du terrain demeure un enjeu criant.
🎥 VIDÉO
⏱️ HORODATAGE
00:00 🎬 Reprise des travaux — réponses en suspens de la matinée
05:30 🏥 Listes d'attente en consultations spécialisées et bilan du CRDS
22:00 🔧 CRDS 2.0 : modernisation, entente FMSQ et objectifs
38:00 🔪 Chirurgies en attente : plan de rattrapage et 450 millions
55:00 💉 Lettre d'entente 29 et infirmières en salle d'opération
01:10:00 🏛️ Santé Québec : nombre de cadres, structure et coûts
01:28:00 📋 Deux plans stratégiques contradictoires : ministère vs Santé Québec
01:45:00 🚨 Urgences : délais en hausse, P4-P5 et objectif des 90 minutes
02:00:00 💊 Médicaments oncologiques et iniquités d'accès entre établissements
02:15:00 👶 Obstétrique, sages-femmes, découvertures régionales
02:25:00 🦷 Dons d'organes, dépistage colorectal, radon et appareils auditifs
02:35:00 📌 Pompes à insuline, maison des greffés et épithèse faciale
🏛️ CONTEXTE POLITIQUE
L'étude des crédits de la Santé 2026-2027 s'est tenue au lendemain d'une réorganisation majeure du système de santé québécois avec la création de Santé Québec, la nouvelle société d'État issue de la loi 15. Cette transformation supposait une structure « à coût nul », plus légère, plus agile. Les chiffres présentés en commission soulèvent des doutes sur la réalité de cet engagement.
Par ailleurs, une entente récente avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) prévoit un investissement de l'ordre de 170 millions de dollars par année sur quatre ans pour réduire les listes d'attente en chirurgie et moderniser le CRDS. Malgré ces investissements, des lacunes importantes persistent sur le terrain.
Les questions des députés de l'opposition ont mis en lumière plusieurs dossiers citoyens : les pompes à insuline pour adultes diabétiques, le dépistage colorectal organisé, les services d'obstétrique en région, les iniquités d'accès aux médicaments oncologiques et les appareils auditifs. Des enjeux qui touchent directement la qualité de vie de milliers de Québécois.
La commission a aussi été le théâtre d'un moment rare et symbolique, lorsqu'un député a invité ses collègues à signer leur carte de don d'organe en direct, en soulignant que près d'un Québécois sur quatre n'a pas encore exprimé ses volontés par écrit.
🔍 ANALYSE CITOYENNE (APDQ)
Le fil conducteur de cette longue séance de crédits, c'est le fossé entre les annonces et la réalité du terrain. La ministre a défendu un bilan qu'elle qualifie de progressif — diminution des listes d'attente en chirurgie, amélioration des indicateurs des urgences, augmentation du volume de chirurgies. Mais les chiffres bruts restent préoccupants : 858 000 patients en attente d'une consultation spécialisée, un délai moyen de prise en charge à l'urgence qui frôle les trois heures, et une cible de 90 minutes qui a mystérieusement disparu du plan stratégique de Santé Québec.
Sur le dossier de Santé Québec elle-même, les questions du député des Îles-de-la-Madeleine ont mis le doigt sur un problème de gouvernance fondamental : deux plans stratégiques coexistants avec des cibles différentes — celui du ministère et celui de Santé Québec. La ministre a reconnu que le plan du ministère devra être ajusté. C'est un aveu que la transformation est loin d'être achevée, et que les citoyens naviguent dans un système dont les boussoles ne pointent pas toujours dans la même direction.
La question des iniquités d'accès aux médicaments oncologiques entre établissements a été particulièrement frappante. Un député a cité une étude scientifique de l'Université de Montréal publiée en février 2026 démontrant des disparités réelles. Malgré les assurances du sous-ministre des affaires médicales que des démarches ont été faites, l'enjeu demeure : le code postal d'un patient ne devrait jamais déterminer son accès à un médicament déjà approuvé et négocié.
Sur la première ligne, la ministre a présenté la politique nationale annoncée en mars 2026 comme une base solide. Mais les chiffres parlent : 1,5 million de patients P4 et P5 transitent encore par les urgences chaque année. La diminution de 101 000 cas en un an est réelle, mais l'ampleur du problème demeure colossale. L'engagement de Santé Québec de « poursuivre la diminution » sans chiffre précis laisse les citoyens dans le flou.
Enfin, plusieurs dossiers citoyens ont illustré la fragilité du filet social de santé : le Québec demeure la seule province sans programme de dépistage colorectal organisé, un Québécois sur trois ne voit pas le dentiste depuis plus d'un an, les services d'obstétrique ferment en région de manière répétée, et des adultes diabétiques dépensent des milliers de dollars par année pour des équipements que le reste du Canada rembourse.
📢 RÉACTIONS ET CONTROVERSES
Un député a interpellé la ministre sur le fait que le Québec est la seule province canadienne à ne pas rembourser les pompes à insuline aux adultes, malgré une recommandation claire de l'INES datant de 2022 — la ministre a reconnu le retard sans s'engager sur un calendrier précis.
Les chiffres sur le nombre de cadres à Santé Québec ont créé de la confusion : le député des Îles-de-la-Madeleine citait 357, la ministre évoquait 390 au 31 mars 2026, et la présidente-directrice générale de Santé Québec a esquivé en ramenant la conversation aux 30 établissements du réseau plutôt qu'au siège social.
L'objectif de 90 minutes pour la prise en charge à l'urgence a disparu du plan stratégique 2025-2028 de Santé Québec sans explication claire — la ministre a nié toute intention de retirer cet indicateur.
Le député de Nelligan a soulevé l'existence d'une étude scientifique de l'Université de Montréal (février 2026) documentant des iniquités dans l'accès aux médicaments de nécessité médicale particulière en oncologie — le sous-ministre des affaires médicales a affirmé ne pas en avoir connaissance.
La fermeture répétée des services d'obstétrique dans plusieurs régions (Bas-Saint-Laurent, Saguenay, Sainte-Anne-des-Monts, Lac-Mégantic, Sainte-Eustache) a été dénoncée comme « la plus grande honte du Québec en matière de santé » par un député.
⚖️ CONSÉQUENCES LÉGISLATIVES ET SOCIALES
L'entente avec la FMSQ prévoit 170 millions de dollars par année sur quatre ans pour les chirurgies, le CRDS et les infrastructures TI — mais les mécanismes de reddition de comptes restent à préciser.
La coexistence de deux plans stratégiques contradictoires (ministère et Santé Québec) crée une ambiguïté dans les cibles à atteindre que la ministre devra corriger formellement.
Le manque d'un programme de dépistage colorectal organisé maintient le Québec en queue de peloton canadien pour la prévention d'un cancer qui tue entre 2 000 et 2 500 personnes par année dans la province.
La Maison des greffés (INACIR) traverse une crise financière majeure malgré ses 34,7 millions de dollars d'économies annuelles pour l'État — la pérennité de l'organisme n'est pas garantie.
Des milliers d'adultes québécois avec une surdité bilatérale n'ont accès qu'à un seul appareil auditif subventionné, malgré les preuves scientifiques que deux appareils sont nécessaires à une correction adéquate.
🚨 IMPACTS POSSIBLES
Si les 20 000 chirurgies additionnelles prévues à l'entente FMSQ ne sont pas réalisées faute de salles d'opération ouvertes, les listes d'attente continueront de croître malgré les investissements.
Le retrait apparent de la cible des 90 minutes des urgences du plan stratégique de Santé Québec pourrait signaler un abandon silencieux d'un engagement public fort.
L'absence de programme de dépistage colorectal organisé se traduit concrètement par des cancers diagnostiqués trop tardivement, à un stade où le traitement est plus lourd, coûteux et moins efficace.
Les découvertures répétées en obstétrique en région pourraient à terme pousser des familles à quitter certains territoires, aggravant la dévitalisation régionale.
Les iniquités documentées dans l'accès aux médicaments oncologiques entre établissements risquent de miner la confiance du public dans l'universalité du système de santé québécois.
La création de Santé Québec aura coûté plus cher que promis si la promesse d'une structure « à coût nul » ne peut être démontrée de façon transparente et vérifiable.
Une mauvaise correction auditive, en contribuant à l'isolement et au déclin cognitif, génère des coûts en aval pour l'ensemble du système de santé — coûts qui excèdent largement le prix d'un second appareil auditif subventionné.
❓ QUESTIONS ESSENTIELLES
Pourquoi la cible des 90 minutes pour la prise en charge à l'urgence a-t-elle disparu du plan stratégique de Santé Québec 2025-2028 sans annonce publique ni explication transparente?
Comment le gouvernement peut-il garantir que les 170 millions de dollars par année promis dans l'entente FMSQ seront effectivement dépensés pour ouvrir des salles d'opération plutôt que de rester dans des enveloppes non décaissées?
Quand le Québec cessera-t-il d'être la seule province canadienne sans programme de dépistage colorectal organisé, malgré une motion unanime de l'Assemblée nationale adoptée il y a trois ans?
Comment Santé Québec peut-elle justifier l'adoption d'un plan stratégique avec des cibles différentes de celles du ministère de la Santé, et qui est ultimement responsable des résultats devant les citoyens?
Quelles mesures concrètes et immédiates seront prises pour mettre fin aux découvertures récurrentes des services d'obstétrique en région, plutôt qu'attendre les conclusions d'un chantier national aux délais indéterminés?
Le gouvernement est-il prêt à s'engager formellement à rembourser les pompes à insuline aux adultes diabétiques de type 1, comme le font toutes les autres provinces canadiennes?
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