🌍 PL17 : faut-il miser sur le stockage de CO2 au Québec?
Un professeur de HEC Montréal devant la Commission : le stockage de CO2 est utile, mais pas une excuse pour repousser les vraies réductions. Le PL17 en débat.
⭐ INTRODUCTION
Le 4 juin 2026, la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles (CAPERN) poursuivait ses auditions sur le projet de loi 17, qui vise à encadrer légalement l'exploration et l'exploitation du sous-sol québécois à des fins de stockage de CO2 et de production d'hydrogène blanc. Pierre-Olivier Pinault, professeur à HEC Montréal et titulaire de la chaire de gestion du secteur de l'énergie, est venu livrer un témoignage nuancé et sans détour. Sa position est claire : il accueille favorablement le PL17, mais insiste que la séquestration du carbone ne doit jamais remplacer la réduction des émissions à la source. Il a également plaidé avec insistance pour une tarification du carbone beaucoup plus ambitieuse et dénoncé 20 ans de procrastination climatique collective.
🎥 VIDÉO
⏱️ HORODATAGE
00:00 🎬 Présentation du témoin Pierre-Olivier Pinault, HEC Montréal
01:30 🌱 Priorité à la réduction des GES avant tout — cadre général
05:00 🌿 Séquestration naturelle, carbonatation minérale et options technologiques
09:30 🏭 Expérience mondiale en séquestration : l'industrie pétrolière comme point de référence
13:00 💬 Questions du ministre : carbonatation minérale en sous-sol vs en surface
17:30 💧 Réservoirs de saumure : faut-il les utiliser et dans quelles conditions?
21:00 ⚗️ Hydrogène blanc : potentiel limité, rôle de niche dans la transition
25:30 💰 Tarification du carbone : outil essentiel pour rendre les filières rentables
29:00 📋 Le PÉGIR attendu comme cadre global de transition énergétique
33:30 ⚡ Allocation de l'énergie : enchères plutôt que décisions politiques centralisées
37:00 🏗️ Cimenteries, émissions historiques et carbonégativité nécessaire
40:00 🔚 Partage des risques entre le privé et l'État — mot de clôture
🏛️ CONTEXTE POLITIQUE
Le projet de loi 17 propose un cadre légal pour permettre l'octroi de licences d'exploitation du sous-sol québécois à des fins de stockage de CO2 et d'exploration d'hydrogène blanc naturel. C'est une pièce législative technique, mais qui s't inscrit dans le débat plus large sur la transition énergétique du Québec.
La Commission entend plusieurs experts afin d'évaluer les tenants et aboutissants du PL17, notamment sur les plans environnemental, économique et réglementaire. Le témoin a rappelé que le PÉGIR (Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques) — attendu depuis le 1er avril — reste le document cadre manquant pour donner une vision cohérente à long terme à l'ensemble de ces décisions.
Le marché du carbone Québec-Californie existe depuis plus d'une décennie, mais selon M. Pinault, des révisions majeures annoncées en 2014 tardent toujours à se concrétiser, affaiblissant les incitatifs économiques nécessaires au développement des filières vertes.
🔍 ANALYSE CITOYENNE (APDQ)
Ce témoignage se distingue par sa franchise. M. Pinault ne fait pas dans la langue de bois : il appuie le PL17, mais refuse de le présenter comme une solution miracle. Il répète à plusieurs reprises que la réduction des émissions à la source doit demeurer la priorité absolue, et que le stockage de CO2 ne doit pas servir de prétexte pour maintenir le statu quo.
Sa critique de la procrastination planétaire mérite d'être entendue. Vingt ans après l'adoption de la Loi sur le développement durable au Québec — qui enchâsse le principe du pollueur-payeur — ce principe reste largement théorique, faute d'une tarification du carbone à la hauteur des ambitions climatiques affichées.
L'expert soulève également un point souvent esquivé dans les débats publics : les dépenses des ménages québécois en transport constituent le deuxième poste budgétaire après le logement. Ce n'est pas une fatalité — c'est le résultat de décisions politiques qui ont favorisé le véhicule individuel au détriment de la mobilité durable.
Sur l'hydrogène blanc, M. Pinault est honnête : les volumes sont marginaux, la valorisation difficile, et le marché quasi inexistant dans l'état actuel. Il voit le PL17 comme un filet de sécurité pour ne pas rater une opportunité, mais refuse d'en faire un pilier de la transition. C'est une position intellectuellement rigoureuse qui tranche avec certains discours gouvernementaux plus enthousiastes.
Enfin, sa proposition d'enchères d'énergie plutôt que d'allocation politique des blocs disponibles d'Hydro-Québec est une idée concrète qui mérite un vrai débat public. La décision de qui obtient de l'électricité ne devrait pas se prendre uniquement dans le bureau d'un ministre.
📢 RÉACTIONS ET CONTROVERSES
M. Pinault a appuyé sans équivoque le PL17, mais a pris soin de recadrer son enthousiasme : le projet de loi est nécessaire mais pas suffisant, et certainement pas une orientation majeure en soi pour la transition énergétique.
La question des définitions dans la loi vs par règlement a suscité un échange : M. Pinault préfère la souplesse réglementaire, notamment parce qu'on ignore encore ce qu'on trouvera dans le sous-sol québécois.
Une députée a évoqué un article de presse du jour même sur la possible révision à la baisse des cibles climatiques pour les cimenteries — M. Pinault a prévenu que la séquestration ne doit pas servir d'alibi pour affaiblir les obligations des industries polluantes.
La critique du gouvernement de la CAQ sur l'absence de mise en œuvre d'une véritable politique de mobilité durable — adoptée sous un gouvernement libéral — a été formulée clairement et sans ménagement.
L'attente prolongée du PÉGIR a été soulignée comme un irritant majeur : ce plan est attendu depuis le 1er avril et son absence crée une incertitude préjudiciable aux investisseurs et aux planificateurs.
Sur le rôle de l'État, M. Pinault est ferme : pas de subventions ni de crédits d'impôt supplémentaires. Le cadre réglementaire et la tarification du carbone doivent suffire à faire émerger les solutions.
⚖️ CONSÉQUENCES LÉGISLATIVES ET SOCIALES
Le PL17 crée le cadre légal manquant pour l'octroi de licences de stockage de CO2 et d'exploration d'hydrogène blanc — sans cela, aucun projet pilote sérieux n'est possible.
L'absence de définitions strictes dans la loi (laissées au règlement) offre une flexibilité utile, mais comporte un risque de flou réglementaire si la tarification du carbone ne suit pas.
Le principe du pollueur-payeur, inscrit dans la Loi sur le développement durable depuis 2006, reste sous-utilisé — son application pleine rendrait les filières propres rentables sans subventions.
Les ménages québécois portent un fardeau financier important lié au transport individuel — des politiques de mobilité durable auraient pu l'alléger depuis longtemps.
La révision du marché du carbone Québec-Californie, annoncée en 2014, est toujours incomplète — ce retard fragilise la crédibilité climatique du Québec.
Une approche par enchères d'énergie pour l'allocation des blocs d'Hydro-Québec permettrait de retirer les décisions d'allocation du champ politique pur.
🚨 IMPACTS POSSIBLES
Sans tarification du carbone adéquate, les filières de captage-stockage de CO2 et d'hydrogène blanc resteront marginalement rentables et dépendantes de financement public.
Le retard dans la publication du PÉGIR crée un vide stratégique qui ralentit l'ensemble de la planification énergétique québécoise.
Si les cibles climatiques sectorielles (ex. cimenteries) sont revues à la baisse sans contrepartie, la séquestration pourrait devenir une caution environnementale plutôt qu'un vrai outil de transition.
L'hydrogène blanc ne représente pas de risque de « far west » à court terme selon M. Pinault — mais sans cadre réglementaire, on ne peut ni en tirer profit ni en limiter les dérives éventuelles.
La carbonatation minérale, option de séquestration très stable et ne nécessitant pas forcément d'aller en sous-sol, pourrait être sous-exploitée si le PL17 est interprété trop restrictivement.
La poursuite de la croissance du parc automobile québécois, avec des véhicules de plus en plus gros, continue d'aggraver les émissions et l'endettement des ménages en l'absence de politique de mobilité durable.
L'objectif de carbonégativité (aller au-delà de la carboneutralité pour retirer du CO2 de l'atmosphère) nécessite de préparer dès maintenant le terrain législatif — d'où la pertinence du PL17 à long terme.
❓ QUESTIONS ESSENTIELLES
Pourquoi le PÉGIR, attendu depuis le 1er avril 2026, n'a-t-il toujours pas été publié, et quelles décisions stratégiques en dépendent?
La révision du marché du carbone annoncée en 2014 sera-t-elle enfin complétée, et à quelle échéance?
Le gouvernement est-il prêt à adopter une tarification du carbone suffisamment élevée pour rendre les filières propres réellement compétitives, sans avoir recours à des subventions?
La séquestration du carbone sera-t-elle utilisée comme outil de transition ou comme prétexte pour réduire les obligations des industries polluantes?
Un mécanisme d'enchères pour l'allocation des blocs énergétiques d'Hydro-Québec est-il envisageable, et qui devrait en superviser les règles?
Le Québec est-il prêt à s'engager vers la carbonégativité — et pas seulement la carboneutralité — dans son cadre de planification climatique à long terme?
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