đŻ RĂ©fĂ©rendum: PSPP voulant rassuré⊠a ouvert la porte aux attaques
Chicoutimi devait ĂȘtre un procĂšs de la CAQ⊠câest devenu un dĂ©bat sur le âreculâ du PQ.
Chicoutimi devait ĂȘtre une soirĂ©e de victoire nette. Une de ces soirĂ©es oĂč tu prends le micro, tu laisses lâĂ©motion faire son travail, puis tu plantes un drapeau dans le sol : âle message est clair, la CAQ encaisse, le QuĂ©bec tourne une page.â
Le dĂ©cor Ă©tait parfait. La salle, lâĂ©nergie, la candidate Ă©lue, les militants, la symbolique. Chicoutimi venait dâenvoyer un signal. Et dans ce genre de moment, un chef nâa pas besoin dâouvrir dix portes. Il nâa quâĂ en fermer une, solidement : celle de la CAQ.
Mais au cĆur mĂȘme de cette soirĂ©e, Paul Saint-Pierre Plamondon a choisi dâaller toucher Ă lâangle le plus explosif de son projet. Pas parce quâil voulait provoquer, non. Parce quâil voulait rassurer.
Il a entendu, sur le terrain, ce quâil entend partout depuis des mois : lâinquiĂ©tude que crĂ©e lâidĂ©e dâun rĂ©fĂ©rendum dans un premier mandat. LâanxiĂ©tĂ© Ă©conomique. La peur du chaos. La crainte de replonger dans une bataille qui mange tout lâespace public. Et lĂ , dans lâeuphorie du gain, il a voulu envoyer un message dâadulte dans la piĂšce : âon est intelligents, on est responsables, on voit ce qui sâen vient.â
Puis il a sorti Trump comme repĂšre. Pas comme argument de combat. Comme argument de prudence. Il a Ă©voquĂ© lâincertitude. Il a mis lâaccent sur la sĂ©curitĂ© Ă©conomique des QuĂ©bĂ©cois. Il a laissĂ© entendre quâil fallait choisir le bon moment, que la fenĂȘtre serait dans un premier mandat, mais possiblement vers la fin, parce que le contexte international oblige au jugement.
Et câest lĂ que tout bascule.
Parce que le soir dâune victoire, tu ne gagnes pas avec une prĂ©cision de calendrier. Tu gagnes avec une histoire. Tu gagnes avec un fil narratif simple. Et le fil simple, ce soir-lĂ , câĂ©tait : âla CAQ recule, le PQ avance.â
En ramenant le rĂ©fĂ©rendum dans la lumiĂšre au moment exact oĂč Chicoutimi mettait la CAQ dans lâombre, PSPP a dĂ©placĂ© le centre de gravitĂ© de la soirĂ©e. Il a donnĂ© aux mĂ©dias, aux adversaires, aux commentateurs, quelque chose de plus tentant que la dĂ©bĂącle caquiste : une question sur sa propre fermetĂ©.
Ce qui devait ĂȘtre une nuit de pression sur le gouvernement devient, instantanĂ©ment, une nuit oĂč lâon scrute le chef gagnant : âest-ce quâil recule? est-ce quâil temporise? est-ce quâil se prĂ©pare dĂ©jĂ une porte de sortie?â
Et câest lĂ que lâerreur de communication apparaĂźt en pleine face. Elle nâest pas dans lâidĂ©e de rassurer. Elle est dans le fait dâavoir choisi le mauvais objet Ă rassurer, au mauvais moment.
Le soir dâune victoire, tu rassures sur la capacitĂ© de gouverner. Tu rassures sur lâĂ©conomie. Tu rassures sur la stabilitĂ©. Tu rassures sur le sĂ©rieux. Mais tu ne rassures pas en donnant lâimpression que ton engagement central devient soudain une chose Ă gĂ©rer avec des pincettes. Parce quâĂ partir de lĂ , tu nâes plus en train de cĂ©lĂ©brer une avancĂ©e. Tu es en train de te dĂ©fendre dâune accusation qui nâexistait pas encore.
Le plus dommage, câest que Trump aurait pu ĂȘtre lâinverse : un argument dâurgence, pas un argument dâattente.
Trump, câest le rapport de force brutal. Câest lâimprĂ©visibilitĂ©. Câest la pression sur lâĂ©conomie. Câest exactement le contexte oĂč un chef souverainiste peut frapper et dire : âdans un monde instable, rester une province, câest ĂȘtre exposĂ©s aux dĂ©cisions des autres.â Câest lâoccasion de marteler lâidĂ©e que, quand ça chauffe, Ottawa nĂ©gocie pour Ottawa â et que le QuĂ©bec peut devenir une monnaie dâĂ©change.
Autrement dit : si tu veux parler de Trump, tu peux raconter une histoire de protection et de contrĂŽle. Tu peux dire : âjustement parce que ça brasse, il faut des leviers.â Tu peux transformer lâangoisse en justification du projet. Tu peux faire de lâinquiĂ©tude une rampe de lancement.
Mais ce soir-lĂ , le message a donnĂ© lâimpression inverse : âcomme ça brasse, on va ralentir.â Et mĂȘme si ce nâĂ©tait pas lâintention, la perception politique ne vit pas dans lâintention. Elle vit dans le cadrage.
Et maintenant, la preuve est sous nos yeux : au lieu de parler de la CAQ et de sa chute symbolique à Chicoutimi, on parle de la séquence communicationnelle du PQ. On décortique chaque mot. On pÚse chaque nuance. On ouvre la porte aux caricatures : recul, conditions gagnantes, ADN de temporisation, peur du référendum.
Tout ça, dans une soirĂ©e oĂč la CAQ devait ĂȘtre seule Ă se faire juger.
Câest ça, le vrai gĂąchis. Chicoutimi avait offert un moment rare : une victoire qui pouvait devenir un verdict contre le gouvernement. Mais en choisissant dâaborder le rĂ©fĂ©rendum de façon dĂ©fensive, mĂȘme lĂ©gĂšrement, PSPP a donnĂ© aux adversaires le pouvoir le plus prĂ©cieux en politique : le pouvoir de changer le sujet.
Et quand tu changes le sujet le soir mĂȘme de ta victoire, tu offres une moitiĂ© de ton momentum⊠gratuitement.
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