đš SOS Violence Conjugale sonne l'alarme au Parlement
SOS Violence Conjugale au Parlement : un cri d'alarme sur les failles du systĂšme et la protection des victimes
â INTRODUCTION
Le 2 juin 2026, la commission parlementaire sur l'aménagement du territoire a entendu les représentantes de SOS Violence Conjugale dans le cadre de l'étude du projet de loi no 4, portant sur la divulgation des antécédents de violence conjugale. Mme Jocelyne Jolet, directrice générale, et Mme Claudine Thibodeau, responsable du soutien clinique et de la formation, ont livré un témoignage à la fois téchniquement rigoureux et profondément humain. Leur message central : l'information peut protéger, mais seulement si elle est transmise avec le consentement, dans le respect de l'autonomie de la personne à risque. L'organisme, qui répond à plus de 55 000 demandes d'aide par année, a salué l'objectif du projet de loi tout en formulant des réserves importantes sur la divulgation proactive, les demandes par des tiers, et l'état critique des ressources d'hébergement au Québec. Une audition essentielle pour quiconque s'intéresse à la protection réelle des victimes de violence conjugale.
đ„ VIDĂO
â±ïž HORODATAGE
00:00 đŹ Accueil des reprĂ©sentantes de SOS Violence Conjugale
02:30 đ PrĂ©sentation du mĂ©moire â mission et chiffres clĂ©s
07:00 đĄïž Principes fondamentaux : consentement, autonomie, pouvoir d'agir
12:00 â ïž RĂ©serves sur la divulgation proactive et les demandes de tiers
17:00 đ» Enjeux de sĂ©curitĂ© technologique et formulaire en ligne
21:30 đïž Ăchanges avec le ministre â rĂŽle de l'organisme dĂ©signĂ©
27:00 đŁïž Questions des dĂ©putĂ©es â hĂ©bergement, capacitĂ© et ressources
33:00 đ DonnĂ©es alarmantes sur les refus en maisons d'hĂ©bergement
38:00 đ€ Principe d'empowerment expliquĂ© â ne jamais tirer quelqu'un dans une porte
43:00 đ RĂ©flexions finales sur l'arrimage avec les services existants
đïž CONTEXTE POLITIQUE
Le projet de loi no 4 vise à créer un mécanisme permettant à une personne à risque de violence conjugale de demander des renseignements sur les antécédents de son partenaire. L'objectif déclaré est de prévenir les féminicides et de mieux outiller les victimes pour évaluer leur situation. La commission parlementaire entend différents groupes depuis plusieurs jours afin de bonifier le projet avant son adoption.
SOS Violence Conjugale est l'organisme provincial de référence en violence conjugale depuis prÚs de 40 ans. En plus de sa ligne d'aide 24/7, l'organisme est également désigné pour gérer la ligne d'aide financiÚre d'urgence en violence conjugale (ALAFU). Cette double expérience lui confÚre une vision unique des réalités du terrain et des écueils potentiels de toute nouvelle mesure législative.
La problématique du manque criant de places en maisons d'hébergement spécialisées a dominé une large portion des échanges. Les données présentées illustrent une situation qui n'est pas en voie de se résorber : moins d'une demande d'hébergement sur deux trouve réponse, et un rapport sur les besoins en unités d'hébergement dormait, au moment de l'audition, depuis août 2025 sans suite concrÚte.
đ ANALYSE CITOYENNE (APDQ)
Ce qui frappe dans cette audition, c'est la clartĂ© et la cohĂ©rence du message livrĂ© par SOS Violence Conjugale. Loin de s'opposer au projet de loi, l'organisme en soutient l'objectif tout en traçant des lignes rouges nettes. Le consentement libre et Ă©clairĂ© de la personne Ă risque n'est pas nĂ©gociable. Toute mĂ©canique qui court-circuite ce principe, mĂȘme avec de bonnes intentions, peut aggraver la situation de la victime.
La question des demandes de tiers a cristallisé les débats. SOS Violence Conjugale est catégorique : permettre à un proche de faire une demande sans le consentement de la victime, c'est risquer de fragiliser les liens dont elle a besoin pour rester en sécurité. Le raisonnement est solide et documenté : les féminicides surviennent majoritairement au moment d'une rupture ou lorsqu'une rupture est envisagée. Accélérer une décision depuis l'extérieur peut littéralement coûter une vie.
Le principe d'empowerment expliquĂ© en commission devrait ĂȘtre affichĂ© dans chaque bureau de consultation. Il ne s'agit pas de convaincre une victime de quitter â il s'agit d'ouvrir des portes, de lui fournir de l'information, et de respecter ses dĂ©cisions. Car ses dĂ©cisions sont faites pour sa sĂ©curitĂ©, mĂȘme si elles semblent incomprĂ©hensibles de l'extĂ©rieur.
Sur la question des ressources, les chiffres parlent d'eux-mĂȘmes. Ă MontrĂ©al, seulement 32 % des demandes d'hĂ©bergement trouvaient une place disponible l'an dernier. LĂ©gifĂ©rer pour inciter plus de femmes Ă quitter une relation sans simultanĂ©ment investir massivement dans l'hĂ©bergement, c'est ouvrir une porte et murer la sortie.
Enfin, l'expĂ©rience douloureuse de l'implantation prĂ©cipitĂ©e de l'ALAFU â qui a fragilisĂ© les services de SOS pendant trois ans â doit servir de leçon. On ne dĂ©ploie pas un programme de cette nature dans l'urgence sans en payer le prix en bris de services et en victimes mal desservies.
đą RĂACTIONS ET CONTROVERSES
Les représentantes de SOS Violence Conjugale ont exprimé une opposition claire à toute divulgation proactive par les services policiers sans demande préalable de la personne concernée.
L'organisme a réfuté toute possibilité de demande par un tiers sans consentement explicite de la victime, y compris lorsque les intentions du proche sont bienveillantes.
Une Ă©motion palpable a marquĂ© le dĂ©but de la prĂ©sentation â premiĂšre comparution parlementaire pour SOS Violence Conjugale â, illustrant le poids de cette mission auprĂšs des victimes.
La députée de Robert Baldwin a interpellé directement le ministre sur un rapport datant d'août 2025 concernant les besoins en hébergement, toujours sans suite concrÚte.
Le ministre a réitéré à plusieurs reprises sa volonté de travailler en continu avec les organismes, plutÎt que de s'en remettre à un rapport annuel, tout en assurant que des budgets sont déjà prévus.
La députée de Terrebonne a poussé la réflexion sur les tiers en proposant de les accueillir sur le portail numérique pour les réorienter vers des ressources plutÎt que de les bloquer complÚtement.
âïž CONSĂQUENCES LĂGISLATIVES ET SOCIALES
La commission devra dĂ©terminer si le projet de loi intĂ©grera ou exclura formellement la possibilitĂ© de demandes par des tiers â une dĂ©cision aux consĂ©quences directes sur la sĂ©curitĂ© des victimes.
L'obligation de prĂ©voir des mesures de sĂ©curitĂ© technologique dans le formulaire en ligne (boutons de sortie rapide, avertissements sur la surveillance) devra ĂȘtre inscrite dans le cadre rĂ©glementaire.
L'augmentation prévisible des demandes d'aide à la suite de l'adoption du projet de loi nécessitera un financement accru et stable pour les organismes spécialisés, notamment les maisons d'hébergement.
Le rapport sur les besoins en unitĂ©s d'hĂ©bergement, dormant depuis aoĂ»t 2025, devra ĂȘtre dĂ©posĂ© et suivi d'actions concrĂštes pour Ă©viter que la loi crĂ©e plus de dĂ©tresse qu'elle n'en rĂ©sout.
La dĂ©signation de l'organisme responsable de la mise en Ćuvre du mĂ©canisme devra garantir une autonomie fonctionnelle rĂ©elle, incluant la gestion clinique, la formation et l'adaptation des pratiques.
Le volet communication devra ĂȘtre multilingue â incluant les langues autochtones et la langue des signes (LSQ) â et Ă©viter de transfĂ©rer la responsabilitĂ© de la prĂ©vention sur les victimes elles-mĂȘmes.
đš IMPACTS POSSIBLES
Sans investissements massifs en hĂ©bergement, le projet de loi risque de prĂ©cipiter des dĂ©cisions de quitter une relation sans que les ressources d'accueil soient au rendez-vous â exposant davantage les victimes au danger.
Une mauvaise gestion de la confidentialité technologique pourrait permettre à des partenaires violents de surveiller les démarches de leurs victimes via le formulaire en ligne.
L'ouverture aux demandes de tiers, si elle est retenue, pourrait fragiliser les liens sociaux des victimes et rĂ©duire leur rĂ©seau de soutien, au moment prĂ©cis oĂč elles en ont le plus besoin.
Un déploiement précipité de l'organisme désigné, à l'image de l'expérience de l'ALAFU, entraßnerait des bris de services significatifs et des victimes mal orientées ou abandonnées en cours de démarche.
La publication trimestrielle des données sur l'hébergement par SOS Violence Conjugale crée un outil de pression politique inédit pour forcer les décideurs à agir sur les régions les plus déficientes.
Une communication publique mal calibrĂ©e pourrait transmettre le message implicite que la victime est responsable de sa propre protection si elle n'utilise pas le mĂ©canisme â un message dĂ©vastateur Ă Ă©viter absolument.
Le principe d'empowerment, s'il n'est pas formellement enchĂąssĂ© dans la loi ou les rĂšglements, risque d'ĂȘtre diluĂ© dans l'application concrĂšte par des intervenants mal formĂ©s ou des proches bien intentionnĂ©s mais maladroits.
â QUESTIONS ESSENTIELLES
Le gouvernement adoptera-t-il formellement le principe de consentement libre et éclairé comme condition non négociable du mécanisme, et l'inscrira-t-il explicitement dans la loi ou dans les rÚglements?
Quand le rapport sur les besoins en unités d'hébergement sera-t-il rendu public, et quelles mesures concrÚtes suivront pour combler le déficit criant dans des régions comme Montréal?
Quel organisme sera dĂ©signĂ© pour mettre en Ćuvre ce mĂ©canisme, et disposera-t-il d'une autonomie fonctionnelle rĂ©elle et d'un financement stable dĂšs le dĂ©part â sans rĂ©pĂ©ter l'erreur de l'ALAFU?
Comment le gouvernement s'assurera-t-il que les enjeux de surveillance technologique sont correctement adressés dans le formulaire en ligne, notamment le risque que des partenaires violents interceptent les démarches de leurs victimes?
La porte sera-t-elle fermĂ©e dĂ©finitivement aux demandes par des tiers sans consentement, ou le volet rĂ©glementaire laissera-t-il une marge de manĆuvre qui pourrait ĂȘtre exploitĂ©e au dĂ©triment des victimes?
SOS Violence Conjugale deviendra-t-il le point d'ancrage officiel du systÚme, ou risque-t-on de dédoubler les services et de créer de la confusion chez les victimes qui cherchent de l'aide?
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