🧨 Session 2026: le Québec craque… et Québec joue sa peau
Dernière ligne droite avant le jugement d’octobre.
Une session sous tension: la dernière ligne droite avant octobre 2026
Mardi 3 février 2026, Assemblée nationale du Québec rouvre ses portes. Officiellement, c’est une reprise des travaux. Politiquement, c’est le début du vrai sprint: la dernière grande session avant l’élection provinciale prévue le 5 octobre 2026.
Le décor est rare: le Québec entre en session avec un gouvernement qui doit gouverner “entre deux chefs”, pendant que les oppositions se préparent déjà comme si la campagne avait commencé.
Ce contexte change tout. Parce qu’une session parlementaire n’est pas seulement un calendrier de projets de loi: c’est un rapport de force. Et cette fois, le rapport de force se joue sur deux terrains en même temps: le quotidien qui étrangle (logement, épicerie, santé), et la question de fond (pouvoirs, immigration, identité, constitution). Le débat ne sera pas seulement “quoi faire?”, mais “qui est capable de tenir le volant quand ça brasse?”.
Un gouvernement en transition… mais pas “sur pause”
Du côté de la Coalition avenir Québec, la transition est centrale. Entre Christine Fréchette et Bernard Drainville, la course à la chefferie imprime déjà son style: tout devient une vitrine, tout devient un test.
Dans ce genre de moment, les gouvernements ne lancent pas facilement des révolutions. Ils poussent ce qui est déjà entamé, ce qui est déjà “défendable”, ce qui peut être vendu comme de la continuité responsable. Et c’est exactement là que la session devient dangereuse: quand l’appareil d’État avance, mais que la légitimité émotionnelle du gouvernement, elle, vacille.
Le message implicite sera simple: on continue, parce que c’est en cours.
Le soupçon, lui, sera tout aussi simple: on accélère, parce qu’on veut passer ça avant que le peuple tranche.
Les oppositions: chacune veut imposer son diagnostic du Québec
Le Parti libéral du Québec, avec Charles Milliard qui semble se diriger vers une confirmation rapide, cherchera surtout une chose: la crédibilité de retour. Pas seulement “critiquer la CAQ”, mais réinstaller une image de compétence, d’ordre, de gestion, de services. Le PLQ a besoin de redevenir un réflexe pour ceux qui veulent sortir de la CAQ sans basculer ailleurs.
Québec solidaire, lui, est dans une phase où la reconstruction se voit à l’œil nu. Quand plusieurs visages annoncent qu’ils ne reviennent pas, le parti doit prouver qu’il n’est pas seulement une addition de personnalités, mais une machine politique capable de traverser une tempête et d’en ressortir cohérente. La session, pour QS, va être une bataille de survie narrative: recentrer sur le quotidien, sans perdre son identité militante.
Le Parti Québécois, porté par l’assurance de Paul St-Pierre Plamondon, va continuer à parler avec une posture de pouvoir. C’est payant quand le vent est bon. Mais c’est risqué: dès qu’un parti agit comme “gouvernement en attente”, il n’a plus le luxe d’être vague. Les attentes montent. On lui demandera, sur chaque dossier, non seulement “qu’est-ce que tu dénonces?”, mais “qu’est-ce que tu fais, concrètement, dès le premier mois?”.
Et pendant ce temps, le Parti conservateur du Québec de Éric Duhaime va continuer à marteler le terrain le plus fertile en 2026: le portefeuille et le sentiment d’être pressé comme un citron. Son enjeu, c’est d’éviter d’être coincé dans une seule case “coût de la vie”, pendant que d’autres s’approprient l’identité, l’immigration et le national.
Résultat: cette session ne sera pas une session “technique”. Ce sera une session de prises de position. Une session où chaque parti va tenter d’imposer une phrase simple qui colle à la peau du Québec.
Les projets de loi: là où l’idéologie rencontre le réel
Cette session va surtout tourner autour d’un principe brutal: les dossiers qui touchent directement la vie des gens (santé, coût de la vie, énergie, immigration) n’attendent pas les partis. Eux, ils avancent. Ils frappent. Ils s’accumulent.
Santé: la Loi 2 sur les médecins, l’échéance qui force la main
Le gouvernement a déjà repoussé l’application au 28 février 2026. Autrement dit, février devient une zone rouge. C’est là que le pouvoir devra choisir: reculer pour vrai, ajuster, négocier, réécrire, assumer l’affrontement… ou tenter de sauver la face par des retouches.
Et c’est typiquement le genre de dossier qui peut détruire une session: parce qu’en santé, on ne débat pas seulement de chiffres. On débat d’accès, de rendez-vous, de familles qui attendent, d’urgences pleines, de gens qui n’ont pas de médecin. La moindre erreur se paye comptant, politiquement.
Syndicats: le projet Boulet, un choc frontal possible
Le projet de loi sur la transparence et la gouvernance syndicale n’est pas un détail administratif. C’est une déclaration politique. Pour les uns, c’est “rendre des comptes”. Pour les autres, c’est “affaiblir un contre-pouvoir”.
En année préélectorale, ce genre de projet a un effet mécanique: il mobilise. Et quand ça mobilise, ça déborde la technique, ça devient identitaire. On ne parle plus seulement de clauses; on parle de camps.
Énergie: le PL69, et surtout “la facture”
Même si la loi est déjà adoptée, la vraie bataille politique, elle, commence souvent après: quand les gens voient l’impact sur les tarifs, sur les orientations, sur le sentiment qu’on contrôle encore ou qu’on échappe le contrôle.
L’énergie, en 2026, devient un symbole. D’un côté: “transition, développement, capacité énergétique”. De l’autre: “facture, privatisation par étapes, perte de maîtrise”. Et comme l’électricité touche tout — entreprises, familles, coût de la vie — c’est un fil qui traverse tous les autres sujets.
Constitution du Québec: le PL1, et la guerre des légitimités
Le projet constitutionnel est un dossier qui peut aspirer toute l’oxygène. Parce qu’il touche aux droits, aux valeurs, à la place du Québec, à l’idée même de souveraineté du Parlement québécois.
C’est aussi un piège politique: dès qu’on ouvre cette porte, on se retrouve avec deux lectures irréconciliables.
Lecture A: affirmation nationale, clarification, autonomie.
Lecture B: manœuvre partisane, changement de règles du jeu, recul potentiel des protections.
Et la session risque d’être le théâtre parfait pour ça, parce qu’en février, tout le monde veut imposer son récit avant que l’été arrive… et avant que la campagne avale tout.
Immigration: capacité d’accueil et pouvoir réel
L’immigration revient toujours à la même question que les politiciens contournent: la capacité d’accueil, ici et maintenant. Logement, écoles, santé, intégration linguistique, cohésion sociale. Peu importe le parti, la pression sur les services est le cœur du dossier.
Mais derrière, il y a l’autre question, plus profonde: le pouvoir réel. Qui décide? Jusqu’où? Et si Québec n’a pas tous les leviers, est-ce qu’on assume la dépendance… ou est-ce qu’on en fait le procès?
Le facteur fédéral et mondial: l’incertitude économique qui arrive par-dessus tout
Au-dessus de la session québécoise plane un fait: la politique provinciale ne se joue plus dans une bulle. Commerce, tarifs, chaînes d’approvisionnement, tensions internationales… tout ça redescend sur le quotidien.
Le premier ministre fédéral Mark Carney a mis ce climat en mots à Davos, dans un discours lié au Forum économique mondial, en décrivant un monde qui glisse du “rules-based” vers le rapport de force. Traduction politique: les pays moyens doivent se serrer, diversifier, s’organiser. Et quand on parle d’organisation, on parle forcément de commerce.
Or, en 2026, un rendez-vous plane sur l’Amérique du Nord: la révision prévue de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Même si ce n’est pas automatiquement une renégociation totale, ça ouvre une période d’incertitude. Et l’incertitude, c’est le poison lent: investissement prudent, décisions repoussées, nervosité dans les secteurs exportateurs, pression sur les régions.
Au Québec, ça se transforme en carburant politique: “Ottawa protège-t-il nos intérêts?”, “Québec peut-il se défendre?”, “qui a les bons réflexes?”. Et la session parlementaire va absorber ce stress, même si personne ne l’avoue.
Le vrai clivage de la session: réparer la maison ou colmater la fuite?
Il y a une image qui revient, parce qu’elle dit tout.
Quand la maison prend l’eau, tout le monde veut réparer le plancher. Personne n’a tort. Le plancher est en train de pourrir. Les gens glissent dessus. Les enfants respirent l’humidité.
Mais si la fuite continue, réparer devient une boucle sans fin. On patch, on patch, on repatch… et on s’épuise.
C’est exactement le cœur de la bataille politique qui s’en vient.
Pour une partie du Québec, la priorité absolue, c’est le concret: logement, coût de la vie, santé, itinérance, école.
Pour une autre partie, ces problèmes ne se régleront jamais pleinement si le Québec n’a pas tous les leviers: immigration, finances, règles du jeu, pouvoirs.
Ce n’est pas un débat “moral”. C’est un débat de stratégie. Et cette session va forcer tout le monde à choisir une hiérarchie: l’urgence immédiate ou la cause première.
La vérité, c’est que le Québec va parler des deux en même temps… mais les partis, eux, vont tenter de faire croire qu’il n’y en a qu’un seul.

